LIVE YOUR LIFE : à Marraine
- 19 févr. 2021
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Marraine,
C’est avec beaucoup d’humilité, de fragilité que je t’écris ces mots.
Bientôt 6 mois que tu t’es envolée, et j’ai toujours ce sentiment dans ma poitrine de culpabilité.
Je tâcherais de pleurer le moins possible lors de cette lettre.
J’ai réalisé à quel point on se moque des tracas du quotidien, de rentrer dans la norme, l’essentiel : c’est d’être soi.
Tu disais toujours : « Réfléchis à deux fois avant te marier avec un connard ! Surtout Anne-Vic, préserves-toi ».
J’ai réalisé à quel point tu avais tout donné pour les autres en t’oubliant toi-même.
Mais ça, tout le monde le sait.
J’ai réalisé à quel point il était vital de faire passer son bien-être avant le reste, qu’il était important de prendre soin de soi, d’écouter son corps et de se préserver du mieux que nous pouvions des mauvaises ondes.
Tu es la femme la plus belle et la plus courageuse que j’ai connu dans ma vie.
Te voir te battre sans relâche pour les tiens plus que pour toi, cette ténacité, cette persévérance et cette rage silencieuse qui n’ont cessé de survivre en toi.
J’aurais tant aimé revivre ces sentiments de bonheur, de folie, d’amour et de complicité que nous avions, chaque jour que Dieu fait.
J’aurais tant aimé te montrer de quoi j’étais encore capable dans ma vie, pour t’entendre encore me dire : « Bravo ma filleule, je suis fière de toi ».
J’aurais tant aimé t’entendre encore me dire : « Coucou ma poupée, comment tu vas ? Elle est belle ma filleule », avec ton grand sourire.
Je me souviens de cette balade au Palais de Tokyo en plein été, de cette balade sur les bords de quais de Seine, toutes en confidences; de ce diner un soir d’été très arrosé au rosé dans ce grand restaurant sur la place du Trocadéro, je me souviens de ces morales de vie que tu me racontais pour me rendre plus forte.
Je me souviens de ces expositions que nous faisions, de nos sessions shopping, toujours le geste pour faire plaisir, entre filles.
Je me souviens de ces balades en autolib’ dans les rues de Paris, et notamment rue de Rivoli, en sortant du bureau, la musique à fond, tu baissais ta vitre pour allumer ta clope qui siégeait sur le bord de tes lèvres pour le reste du trajet.
Je me souviendrai toujours de ton fameux traquenard de soit disant "rendez-vous client" aux Jardins des Tuileries, à nous perdre dans les allers, en pleine Fashion week, c’était en 2015, c’était mon anniversaire, j’étais vêtue comme un sac, et tu m’as fait la plus belle surprise que je pouvais vivre dans mes rêves d’accro à la mode : assister à mon premier défilé de mode.
Pour le bonheur, tu étais sans limites, tu touchais toujours en plein dans le mille, et pour tout ces rêves éveillés, je te serai à jamais reconnaissante.
J’ai toujours admiré la prestance, la force et la confiance que tu avais en toi, cette indépendance tant assumée que je ne trouvais nulle part ailleurs que dans tes mouvements.
Toujours en talons, prête à affronter ciel et terre.
Depuis gamine, j’ai toujours été admirative de ce que tu dégageais, de ce que tu étais en tant que femme, de ton métier, de ton chez-toi, tu étais tout ce que je voulais incarner.
Lorsque tu posais ton regard sur moi, tes yeux bleus emplis de sincérité, de fragilité, car je savais que ton âme était un champ de survivant après une attaque aux mines.
Mais montrer ta fragilité, ce n’était pas dans tes tablettes, seul ton regard parlait pour toi, mais tu restais de marbre, quoi qu’il.
J’adorais t’écouter des heures, même sans dire un mot, en plein jour ou bien en pleine nuit.
Boire à outrance et bien manger en rigolant aux éclats, un soir de semaine.
Je sais à quel point ta chute fût terrible, la dernière fois que j’ai habité chez toi.
Je ne t’avais jamais vu aussi absente de toi-même de toute ma vie, aussi déchirée et apeurée, la peur de ne pas réussir à t’en sortir.
Je n’ai jamais eu autant mal pour toi que depuis ce séjour là, de tes mots pleins de désespoir qui résonnent encore dans mon esprit, ce soir là, où tu as vidé ta peine dans mon coeur, toutes les deux assises sur le bord de ton lit.
C’est à ce moment-là que notre proximité n’a plus été la même après ça, et que j'ai avancé avec un remord profond.
Personne n’est parfait.
J’aurais aimé te revoir pour en parler l’année qui a suivi, mais la vie n’a pas cessé de courir, et un tas d’événements se sont enchainés, que nous n’avons pas trouvé ce fameux moment pour nous retrouver une dernière fois toutes les deux.
Je remercie ma bonne étoile de t’avoir vu une dernière fois, tous en famille, avant que tu nous quittes.
Mais j’avancerai dans ma vie avec ce regret de ne pas avoir retrouvé un moment à nous deux, que nous n’avions que nous, et que jamais personne ne pourra comprendre.
Ta perte me fait toujours aussi mal depuis ce fameux dimanche soir où Papa est arrivé, tel un bon soldat, nous annoncer à Maman et moi, que tu venais de nous quitter si subitement, sans même nous dire au revoir, sans prévenir.
Mon coeur reste à jamais brisé en deux; comme pour nous tous, qui t’avons perdu.
Dès qu’un rayon de soleil s’incruste sur mon visage, je pense à toi.
Dès que je vois une étoile dans le ciel, je pense à toi.
Dès qu’un ciel rose pointe son nez, je pense à toi.
Tu es et tu resteras toujours là, quelque part, rien qu’avec moi.
Jamais personne, ne pourra enlever, ou bien remplacer cette place que tu avais dans ma vie, parce que personne ne peut t’égaler depuis que je suis toute petite.
C’était toi, ma force et mon modèle qui nourrissait toute mon admiration planétaire.
C’était toi, la seule personne qui a cru en moi, quand je n’avais personne, ma seule oxygène de survie quand tout était sombre lorsque j’étais jeune.
C’était toi, qui a tenté de recoller les morceaux avec Papa et Maman.
C’était toi, qui m’écoutais sans jugement et avec une bienveillance éternelle.
Je réalise à quel point la vie n’a pas de prix.
Qu’on ne choisit pas ses parents, mais il n’y a pas de recette parfaite pour être un bon parent.
Mais grâce à toi, j’ai compris à quel point, nos parents sont des êtres essentiels dans notre équilibre, que la famille, c’est ce qui compte le plus dans la vie, et qu’un jour, il faut savoir pardonner, repartir du bon pied, et avancer, quelque soit les histoires du temps passé, avant qu’il ne soit trop tard.
Profiter de chaque instant du moment présent, savourer chaque seconde.
À la fin, tout ce qui nous reste et qu’on emmène là-haut, ce sont nos souvenirs, rien de plus.
Ne garder que ce qui est bon pour soi, ce qui nous fait vibrer, et ce qui en vaut la peine.
Et cela vaut aussi pour les gens qui nous entourent.
On ne choisit pas ce que nous sommes, mais ce que nous devenons.
Que quand on veut, on peut, toujours avec de la persévérance.
Qu’il n’y a pas de rêves trop grands, même pour un tout petit être.
Croire en ses rêves, suivre son instinct, ne jamais rien lâcher, voilà ce que tu m’as toujours appris.
J’espère à l’avenir être aussi forte et robuste que tu l’étais, autant femme de prestige et d’élégance que tu l’étais.
J’espère être une mère aussi douée et généreuse que tu l’étais.
J’espère te retrouver, le jour où je m’en irai.
On aura tant de choses à se raconter toutes les deux, d’ici là.
Comme tu me l’écrivais dans tes messages : Kiss Marraine, je t’aime.
Merci pour tout, tous les jours, car pas un jour ne passe, sans que je ne pense pas à toi.
Soleil de nos coeurs,
À la meilleure des Marraines pour l’éternité.
Anne-Victoire, ta filleule.

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