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Event : Exposition Irving Penn, le centenaire

  • 1 janv. 2018
  • 8 min de lecture

Irving Penn est un photographe américain (1917-2009 ), reconnu pour sa célèbre histoire de son travail conçu pendant plus de soixante ans avec le magazine Vogue.

Il est reconnu comme étant un photographe hors pair, un photographe de mode, mais qui s'est avéré aussi talentueux en mode, qu'en portrait et autres prises photographiques.

Son style photographique est tout de même basé sur un talent d'artiste, des techniques dignes d'un très bon dessinateur.

Voilà ce que l'on peut remarquer lorsque nous pouvons nous retrouver face à une de ces grandes photographies.

En jouant sur un grand nombre de plans divers avec son appareil photo argentique, il mène une quête pour faire fructifier la qualité de son travail et de son talent.

Il n'hésite pas à immortaliser des silhouettes, des visages, des regards, des postures, des femmes, ou encore du nu et des mégots de cigarette.

Au sein de ses séries, on peut y apercevoir que cet artiste a un don excellent pour appréhender un jeu de volumes, déterminer une posture particulière du visage, tout cela au travers de la lumière.

Il arrive à poser un brin de lumière d'une manière prodigieuse, même sur le haut d'une pommette d'un doux visage, au bon endroit : c'est prodigieux !

Ses recherches voyagent aussi en très grande partie, au travers des natures mortes, tout au long de sa carrière.

L'exposition est donc répartie en salle, pour chacune de ses séries de photos présentées chronologiquement : les natures mortes et les premières photographies de rue, les portraits existentiels, Vogue, Cuzco, les petits métiers, les portraits classiques, les nus, le monde dans un studio, les cigarettes, les natures mortes tardives et enfin les moments du passé.

Dior, Avenue Montaigne, Paris - ©️Arivera

Après avoir garé la voiture tout près de l'Avenue Montaigne, cette célèbre avenue du luxe et de la couture, toujours si inspirante, et dans laquelle je prends plaisir à venir m'y balader.

Je me suis ensuite rendue au Grand Palais, pour pouvoir assister, être témoin de cette exposition sur Irving Penn qui ne cesse de collecter un tas de très bonnes critiques.

Certains disent qu'elle est juste prodigieuse.

J'étais obligé de voir cela de mes propres yeux.

Alors après une demi-heure d'attente devant cette immense bâtisse, j'ai pu enfin pénétrer dans ces nombreuses salles emplies de nombreuses séries de photographies.


Un baiser et un peu d'amour, Irving Penn - ©️Arivera

A peine rentrée dans la première salle, mon sang n'a fait qu'un tour; la fascination, l'admiration remplit d'un coup mon être.

C'est incroyable, la qualité de la photo, la grandeur de l'image, le négatif et le positif de la photo, les postures, les regards, tout vous transperce.

On plonge notre regard dans une seule image, et c'est comme si on y pénétrait à l'intérieur même.

On ressent les émotions qu'Irving Penn veut nous faire ressentir quand on regarde la et les silhouette(s) qui sont présente(s) sur son travail.

Comme si ces personnes étaient toutes là, avec nous, elles remplissaient deux fois plus la salle que nous, et pourtant il y avait déjà un monde fou à l'exposition.


La photographie du-dessus, ce couple vintage, un baiser, une délicatesse règne au delà de ces deux verres de vin parisiens.

Elle ne peut qu'évoquer l'amour entre l'homme et la femme, la passion, et l'attention. Un de mes clichés favoris, il me passionne.


"Fume et aime moi", Irving Penn

Cette photographie de cette bouche rouge coquelicot, la mise au point sur les plis des lèvres et le contour du rouge à lèvres, et non la cigarette, marque l'absence de celle-ci, comme si le regard ne se portait que sur la bouche, dont les courbes sont si bien définies.

Le grain de la photo est sublime, le côté vintage passionnant. Elle est issu d'un magazine Vogue américain, dans les années 50.

"Balenciaga Mantle Coat" (Modèle : Lisa Fonssagrives-Penn, sa femme et muse), Paris, 1950 - ©️Arivera

Lisa Fonssagrives-Penn est une ancienne danseuse, et dont Irving Penn dira qu'elle est douée d'un grand sens de la pose et des tissus, et leur complicité entrainera de nombreux clichés dans lesquels elle apparaît, portant des créations de coutures de grandes maisons de couture dont Irving Penn est passionné.

Ici, Balenciaga, une cape mi-longue, un drapé très élégant, une posture très gracieuse, imposante, et un regard transperçant qui marque la force féminine, une certaine détermination et qui rend ce cliché vivant.

Lisa est aussi considérée comme étant le premier top model dans l'histoire de la photographie de mode.

Elle sera parue dans différents grands magazines de mode : Vogue, Harper's Bazar, Vanity Fair ou encore le Time new-yorkais.

Mannequin suédois, photographiée par les plus grands photographes de sa génération dont Irving Penn, mais aussi Erwin Blumenfled.

Elle sera attitrée comme étant le mannequin de référence chez Christian Dior pendant la seconde guerre mondiale.

Elle se mariera avec Irving Penn, et auront un fils : Tom Penn.

Elle travaillera durant plusieurs années aux éditions de Vogue, lorsqu'elle habite New-York.


Sa présence, son regard et ses postures gracieuses sont toutes aussi inspirantes pour moi, que je comprends pourquoi un grand nombre d'hommes furent inspirés par sa personnalité.

Elle était tellement photogénique et dégagée vraiment quelque chose de fort.

Vogue et Irving Penn, c'est une très longue histoire.

Irving Penn est recruté par Alexander Liberman, afin d'intégrer l'équipe des photographes de Vogue.

Il fait sa première couverture du magazine : une nature morte, en 1943.

Dès ce moment-là, il sera le réalisateur des photographies publiées dans le Vogue, très régulièrement et aussi pour d'autres magazines.

160 couvertures en 50 ans, voilà ce qu'est aussi Irving Penn.


Alexander Liberman est un artiste pluridisciplinaire et éditeur de presse américain.

Il est reconnu surtout pour son rôle majeur au sein des éditions Condé Nast durant trente-deux ans, essentiellement à la direction artistique du magazine Vogue.

Il établira une étroite collaboration avec Irving Penn dès le milieu de la Seconde Guerre mondiale.

Il côtoie également, au cours de sa carrière, de nombreux grands photographes de mode tels que Horst P. Horst, Cecil Beaton, Henry Clarke, Erwin Blumenfeld ou William Klein.

Il introduit au sein de Vogue diverses formes d'art, cherchant en permanence à être à l'avant-garde de son époque et restera une influence considérable pour la presse de mode.


Les mannequins les plus célèbres des années 50 réunies pour Vogue US par Irving Penn - ©️Arivera

Girl with Tobacco on Tongue (Mary-Jane Russell), Irving Penn, 1951, New-York - ©️Arivera

Cette photographie est emblématique lorsque l'on parle d'Irving Penn.

Cette femme "so chic" qui dépose du tabac sur le bout de sa langue.

Les lignes du profil de cette dame, l'allure de sa main, la cigarette que je considère être un détail dans une allure très classe, elle est très intrigante.

J'aime beaucoup.

Maman devant les éléments du studio d'Irving Penn, Grand Palais, Paris - ©️Arivera

Marlene Dietrich par Irving Penn, New-York, 1948 - ©️Arivera


Irving Penn est un portraitiste talentueux pour moi.

Il nous transmet une émotion au travers de ces différents visages de personnalités reconnues.

C'est au moment où il rentre dans l'intime et la sensibilité de chacun, qu'il obtient son meilleur cliché dira-t-il.

Certaines expriment une timidité, une gênance, une sympathie, d'autres une inquiétude, un vide ou de la froideur.

C'est une série que j'ai adoré et qui m'a appris à observer les émotions, décrire les regards, comprendre les jeux de lumière, à quel point ce travail est extraordinaire.

Irving Penn est vraiment très fort, oui oui.


Il souhaite que ses portraits soient aussi forts que des tableaux.

Qu'ils aient une réelle valeur.

L'essentiel pour lui, dans son studio, c'est percer l'expression des façades de ces célébrités. Avoir un rapport avec eux, que les autres n'ont pas.

Que ces modèles se dévoilent devant lui, lui qui les accueillent tel qu'il est, sans chichi ni grands jeux, mais dans la plus grande simplicité.

"Il cherche l'engagement de son interlocuteur sur un terrain sensible , là où les vérités révèlent leur essence profonde", nous dira un descriptif de cette série.

Les techniques de cadrage, la lumière sur le visage, les courbes du visage, les expressions, tout doit être admiré au millimètre près.

Audrey Hepburn par Irving Penn, Paris, 1951 - ©️Arivera

Audrey Hepburn dégage tant de bonté, de bienveillance et de gentillesse au travers de son regard si doux.

Elle est tellement jolie et apaisante, qu'on aurait presque envie de la serrer dans nos bras.

Un autre cliché où l'émotion s'avère essentielle.

Jean Cocteau par Irving Penn, Paris, 1948 - ©️Arivera

Cocteau est mon cliché préféré et celui que je retiens plus particulièrement de cette exposition sur Irving Penn.

Cet ensemble et ce costume au motif prince de galles, vintage et pourtant tendance, intemporel et indémodable, son regard méfiant qui vous observe du coin de ses deux yeux.

Ce cliché est incroyable, je suis restée à l'observer pendant 20 min durant la visite.

Sa posture, sa cigarette entre les doigts, la lumière sur son visage.

Cocteau essaye de nous mettre en garde de quelque chose, de nous peut-être, au travers de son regard.

Cette photographie argentique, ce noir et blanc, c'est juste whaou, je n'ai pas de mots.


Penn et sa lutte contre le Tabac : suite à la mort d'un être qui lui était cher, mort d'un cancer des poumons, la cigarette était le seul assassin de cette perte tragique.

Il s'est alors soudé avec American Cancer Society pour lutter contre cette tendance de fumer à tout va, sans prendre réellement conscience des conséquences tragiques que pouvait nous apporter cette petite chose totalement banale, qui rimait leur quotidien, et qui se consumait littéralement comme notre santé.

A l'époque, un très grand nombre de la population fumait bien plus qu'à l'heure actuelle.

Sa mission était donc de mobiliser, de faire partager sur ces grands cadrages fabuleux, des mégots de cigarettes complètement insignifiants, pris dans les caniveaux new-yorkais.

Pour faire bouger les moeurs, en plus de la prise de conscience des méfaits de la cigarette dans les années 60-70, il fallait monter un projet dans lequel nous étions tous responsables.

J'ai apprécié énormément cette série également, parce qu'il a pu rendre au travers de sa qualité photographique cette petite chose laide, en quelque chose de grand, de beau, mais sur laquelle on va observer en détails le mégot, puis se poser les bonnes questions.

Il nous pousse à la réflexion, et c'est ça qui est très intéressant.

Il évoque alors, dans ces grands tirages au platine de grand format, la relation entre l'Homme et la cigarette, les malheurs du temps sur ces mégots délaissés dans le bas côté de la route, et en espérant nous dégoûter de cette mauvaise habitude, lorsque l'on regarde son travail.

Le gouvernement, les entreprises et les marques de cigarette devenaient alors responsables des dégâts auxquels notre santé faisait face, mais dont le business intéresse tout le système de la société.

1972, les cigarettes, était-il tant de nous réveiller ? devait se dire Irving Penn.

"Mouth (For L'Oréal)" par Irving Penn, New-York, 1986 - ©️Arivera

Cette "mouth", oui elle est d'Irving Penn, mais pour moi, c'est un peu ma maman.

J'ai connu cette photographie au travers d'une copie que maman avait peinte il y a quelques années maintenant, elle m'avait fascinée, un vrai coup de coeur, et m'avait beaucoup marqué.

Voir l'original, c'était un peu comme des retrouvailles avec une vision familière de mon esprit.

J'ai adoré admirer ce cliché, à la fois très technique, mais aussi très artistique.

Très moderne et pigmenté, on pourrait presque le considérer comme de l'art contemporain.


Ces différentes couleurs, ces différentes textures de rouge à lèvres, c'est comme si cette femme n'avait pas trouver sa couleur préférée, ou alors comme si elle avait était embrassé par un tas d'individus, sans vraiment trouver celui qui lui convenait le mieux.

Mille et une interprétation que nous pouvons faire quand on se met à regarder du Irving Penn, c'est incroyable.

"Christian Lacroix Duchesse Dress Satin" par Irving Penn, Paris, 1995 - ©️Arivera

Chanel Haute Couture par Irving Penn, New-York, 2007 - ©️Arivera

Par Arivera


 
 
 

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